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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 07:48

Avertissement 
En aucune façon cet article n'engage l'association. Nous respectons le point de  vue de l'auteure.
ASIDCOM défend la protection animale, le bien être animal et  la mise à mort selon la tradition musulmane et juive...



Aïd el Kebir en France :
A qui profite la polémique ?

 Les associations de protection animale montent au créneau, chacune à sa manière : les sages OABA (œuvre d'assistance aux bêtes d'Abattoir) et SNPA (Société nationale de protection animale) agissent dans la discrétion, directement auprès des ministère de l'Intérieur et de l'Agriculture, pour protester contre des conditions d'abattage inacceptables. La PMAF (Protection mondiale des animaux de ferme), branche française du lobby animal britannique CIWF (Compassion in World Farming), filme et témoigne usant d'images sanglantes sur son site Internet de l'intolérable atteinte aux droits des animaux. Brigitte Bardot mobilise sa fondation (dont les positions sont souvent plus modérées que celles de l'ancienne actrice), profitant d'une occasion trop belle pour suggérer une interdiction pure et simple de tout abattage rituel juif et musulman en France. Le sang et la souffrance des animaux ne laissent pas indifférents, surtout pendant l'Aïd. Le reste de l'année, les Français n'y pensent plus et ces associations ont bien du mal à mobiliser le public autour de la cause des animaux d'abattage. En France, l'Aïd el Kebir est donc une occasion annuelle de diffuser un message qui, le reste du temps, ne franchit pas les murs des abattoirs. Pour ces associations, certaines méthodes d'abattage, en particulier les méthodes rituelles, augmentent la souffrance animale, car il n'est procédé à aucune insensibilisation de l'animal avant sa saignée. Elles appuient leur argument sur des études vétérinaires. Selon les organisations religieuses juives et musulmanes, qui s'appuient sur d'autres études vétérinaires, et décrivent leur expérience en abattoir, cette question est discutable : tout dépend de la méthode d'étourdissement employée. Dans les faits, au regard des cadences industrielles élevées, les méthodes d'étourdissement  ne sont pas toujours correctement adaptées et appliquées, il y a des «ratages» qui peuvent accroître significativement la souffrance animale. Organisations de défense animale et organisations religieuses se placent, donc, sur le terrain de la cause animale : les unes et les autres la défendent, les unes au nom de la science, les autres au nom de la religion. 
L'Aïd el Kebir et son cortège d'images lugubres de moutons ensanglantés sont une occasion pour les associations de protection animale de reprendre la main, d'affirmer la supériorité de leur position sans avoir à la justifier plus avant. Elles le font, cependant, en entretenant une confusion entre sacrifice rituel annuel et abattage rituel industriel. Les conditions d'abattage lors du sacrifice annuel de l'Aïd el Adha et celles de l'abattage halal sont pourtant bien différentes. Lors du sacrifice de l'Aïd, les bêtes (ovins, bovins, caprins) doivent être abattues par ou au nom du chef de famille musulman après la prière du premier des trois jours de la fête. A chaque famille ou groupe de famille, son animal. Ceci implique une traçabilité de l'animal vivant à la carcasse et donc une organisation spécifique. La réglementation française oblige les familles à déléguer leur pouvoir d'abattage à des professionnels dans des zones d'abattage réglementaire. La concentration des abattages, compte tenu du nombre de musulmans en France, requiert ainsi une organisation sans faille à tous les niveaux de la production, de l'élevage à la distribution.. La France n'en est pas à son coup d'essai. Cela fait bientôt trente ans que les abattages collectifs de l'Aïd el Kebir existent. Pour être correctement organisés, les préparatifs devraient commencer plusieurs mois à l'avance entre les partenaires religieux, commerciaux et publics. Chaque année pourtant, tout le monde semble pris de court, et feint de découvrir le problème. Les polémiques entre mosquées et pouvoirs publics rejaillissent rituellement et les organisations animales retrouvent leur espace de contestation. Mais que font-elles en dehors de cette période sensible ? Pas grand chose. La Fondation Bardot a bien obtenu de Dalil Boubaker, président du CFCM et recteur de la Mosquée de Paris l'assurance qu'il préconiserait l'usage de moyen d'étourdissement avant abattage rituel. Mais le recteur d'une mosquée minoritaire au sein du CFCM n'a guère les moyens d'imposer une technique dont les musulmans, dans leur grande majorité, ne veulent pas. Et pourquoi les musulmans français ne voudraient-ils pas d'une technique que d'autres musulmans, en Europe ou dans le monde, ont acceptée ? Les organisations de protection animale auraient pu se poser la question, depuis au moins vingt ans. Au lieu de cela, elles surfent sur la peur du sang et de la mort, utilisant et décontextualisant des images et des mots qui ne leur appartiennent pas.
Cette année, profitant de cette confusion entre viande halal et sacrifice rituel, la grande distribution est entrée dans la ronde provoquant, elle aussi, une polémique, mais celle-ci auprès des autorités religieuses. Le groupe Carrefour, numéro un de la grande distribution en Europe et numéro deux mondial, vend des carcasses de moutons abattues selon le rite musulman avant la prière matinale du premier jour de l'Aïd. Le distributeur appelle cela le mouton de l'Aïd au grand dam des associations religieuses qui dénoncent, non sans raison, l'imposture commerciale. La réponse de la grande distribution est aussi raisonnable : de nombreux clients sont satisfaits de la formule et achètent leur carcasse ou morceau de carcasse comme les autres achètent leur dinde de Noël. Et, finalement, n'est-ce pas un bon moyen d'échapper aux polémiques qui, chaque année, viennent ternir la fête ? On achète son mouton, on rentre chez soi et on fait la fête entre soi, plutôt que de passer des heures à faire la queue devant les abattoirs. La grande distribution ferait-elle œuvre citoyenne en participant «incontestablement à l'appropriation nationale d'une fête musulmane tant décriée» comme on peut le lire sur le site musulman francophone saphirnews.com ? De la même façon qu'on ne pourra feindre d'ignorer longtemps l'aspect commercial de la fête et du marché halal, ou s'offenser de la commercialisation du « rite», on ne pourra comprendre indéfiniment les motivations religieuses des musulmans de France et leurs façons diverses d'exprimer leur croyance et leurs sentiments y compris à travers l'acte de consommation. Les associations de protection animale ont maintenant contre elles de puissants acteurs économiques qui n'ont guère mis au centre de leur préoccupation les questions de l'étourdissement pré mortem ou celle du bien-être animal. Dans leur bataille philosophique, les alliés objectifs des associations de protection animale sont les associations religieuses. En les prenant chaque année, pour ennemis, elles ont entretenu des polémiques vaines qui, aujourd'hui, les rendent plus impuissantes que jamais. Réciproquement, les organisations religieuses peuvent bénéficier du positionnement moral des associations de protection animale pour asseoir et renforcer auprès de l'opinion et des pouvoirs publics leur rôle de garant du rite religieux. Même dans les sociétés où la viande est devenue un simple produit commercial, la mort animale, elle, ne l'est jamais.

Florence Bergeaud-Blackler (Sociologue - Université de la Méditerranée-Marseille).

Edition 06/01/08 du quotidien algérien "La nouvelle république"

 23-12-2007

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Published by Hadj Abdelaziz - dans SCIENCES HUMAINES
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