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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 07:50

Tunisie: Sandwichs aux illusions


Foued Allani

Laissons de côté ces problèmes d'hygiène, vrais casse-têtes, et attaquons, cette fois-ci, la malbouffe qu'offre ou plutôt qu'impose le commerce de la boustifaille préparée sous l'angle économique, en rapport aussi avec les besoins nutritionnels.

Obligée, la plupart du temps, d'avoir recours aux commerces du fast-food ou repas légers, en vérité lourds aussi bien pour l'estomac que pour le porte-monnaie, une large frange de Tunisiens se retrouve, ainsi et du fait de la logique du marché, largement défavorisée par rapport à ces préparateurs-vendeurs.

Il suffit de faire un tour au centre-ville, au cours des heures de repas et même en dehors de celles-ci pour mesurer ce déséquilibre illustré par ces interminables queues (ou plutôt attroupements) devant les serveurs de sandwiches et autres plats tunisiens : kaftagi, lablabi et chawarma, la situation fait l'aubaine des patrons restaurateurs aux dépens des consommateurs. Ces derniers subissent le diktat que leur imposent les premiers. Côté quantité, qualité et prix, au bonheur des caisses qui gonflent, gonflent et au malheur des poches qui se vident, se vident.

A telle enseigne qu'un «grand homme» de théâtre a exprimé à travers la télé, et à deux reprises au moins à plusieurs années d'intervalle, son profond regret de n'avoir pas eu l'intelligence de choisir l'honorable métier de gargotier et d'avoir ainsi subi tout ce manque à gagner en perdant son temps à faire du théâtre. Bref, malheureux d'avoir choisi de préparer et de servir le pain de l'esprit au lieu de s'adonner à la préparation du pain tout court. Une véritable régression intellectuelle qui exprime d'une manière éloquente et choquante le triste glissement vers les valeurs matérialistes, vers cette recherche fiévreuse du gain facile et dont les fast-foods sont l'illustration idéale.

Faites le calcul !

Revenons maintenant aux sandwiches et aux plats et commençons par mettre les petits dans les grands.

Un vulgaire sandwich au thon est ainsi vendu entre un dinar et 1,500 D. Un petit calcul mettra en évidence l'énorme valeur ajoutée qui en découle. 0,095 D pour le pain, environ 0,100 D pour les poussières de thon, mettons 0,200 D pour les salades et autres garnitures, 0,100D pour le service, et 0,100 D pour les frais fixes, soit 0,500D environ. N'oublions pas que la plupart des membres du personnel serveur sont en situation précaire et travaillent dans des conditions très difficiles.

Pour le kaftagi en sandwich, vendu entre un dinar et 1,200 D, la marge bénéficiaire peut devenir plus grande, surtout avec cette nouvelle méthode diabolique inventée par certains et devenue aujourd'hui la règle. Au lieu de préparer le mélange pour chaque sandwich avec à chaque fois un oeuf, on prépare un grand bol avec seulement deux ou trois oeufs et on en garnit quatre, cinq, voire six unités avec.

Pour le plat tunisien dont le prix varie entre 1,200D et 1,500D c'est kif-kif. Pareil pour le lablabi qui est, en fait, une soupe de pois chiche dans laquelle ces graines de légumineuses sont chichement dosées d'un geste très professionnel. Là, la marge monte en flèche, surtout si vous vous amusez à l'enrichir en rajoutant un oeuf ou du thon. Le bol peut, ainsi, grimper de 1 à 1,900 D.

Repas souvent mal équilibrés, servis dans des conditions humiliantes, au milieu d'une ambiance infecte et selon l'adage «mange et tais-toi !».

Une nourriture trop chère et trop lourde pour un apport nutritionnel très pauvre à laquelle on est souvent obligé d'ajouter ces horribles boissons gazeuses, servies à prix double.

Faites encore le compte et vous trouverez qu'un repas pauvre, sale et mal servi coûte jusqu'à 25% du Smig quotidien et même plus. Que dire alors pour un jeune élève de condition modeste qui se tape ces horreurs pour la journée.

Cela sans compter la facture salée, il faut le dire, de l'impact négatif sur la santé.

Du pain sur la planche pour l'Organisation de défense du consommateur, l'Institut national de nutrition, le ministère de la Santé publique, celui du Commerce et aussi pour les autres associations et organismes spécialisés, ainsi que pour les médias.

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Published by Hadj Abdelaziz - dans SANTE ET ALIMENTATION
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