Poulet chloré: opposition à l'éventuelle levée de l'interdiction.
source : Parlement UE
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Pour en savoir plus sur les acides gras trans : http://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_gras_trans
Alimentation et forme physique
Burger King est le «roi des gras trans»
Presse Canadienne (PC)
La directrice générale de la Fondation des maladies du coeur du Canada, Sally Brown, a fait cette constatation à la suite de la publication, jeudi, de la première série de données
provenant du programme fédéral de surveillance des gras trans. Ce programme a évalué les produits offerts par fabricants de produits alimentaires et les chaînes de restauration rapide présentes à
l'échelle nationale.
En juin dernier, Ottawa leur a demandé de ramener, de leur plein gré, les taux de gras trans dans leurs produits aux niveaux recommandés par un groupe d'étude.
Ce groupe a recommandé une limite de deux pour cent de gras trans par rapport au contenu total en graisses pour toutes les huiles végétales et les margarines molles et tartinables,
et une limite de cinq pour cent pour tous les autres aliments.
À la suite de la publication des premiers résultats, le ministre fédéral de la Santé, Tony Clement, a déclaré être encouragé. Selon lui, les données montrent qu'il y a de nombreux exemples où les gras trans ont été réduits mais que les taux sont encore trop hauts pour certains aliments.
Le gouvernement demande maintenant aux fabricants de faire des progrès importants d'ici juin 2009, faute de quoi il édictera des règlements.
Sally Brown, qui co-préside le groupe de travail sur les gras trans, considère que Burger King affiche des degrés inacceptables de gras trans dans plusieurs de ses produits. Selon elle, cela soulève de sérieuses inquiétudes quant à l'importance qu'accorde la chaîne de restauration à la santé cardiaque de ses clients.
Par exemple, 43,8% du gras des frites de Burger King est du gras trans, soit 8,8 fois plus que la recommandation du groupe de travail.
À l'inverse, Mme Brown souligne que «Swiss Chalet» a été la première chaîne de restauration nationale à offrir des choix «Visez santé» à son menu.
Selon la Fondation des maladies du coeur, le menu nutritif idéal consiste encore à préparer des repas à la maison à partir d'ingrédients frais.
Ce n'est toutefois pas représentatif de l'alimentation quotidienne d'une grande part des foyers puisque que les Canadiens prennent 40 pour cent de leurs repas à l'extérieur.
La Fondation des maladies du coeur estime que la consommation de gras trans pourrait être responsable de 3000 à 5000 décès chaque année au Canada reliés aux maladies cardiovasculaires.
Les gras trans seraient entre cinq et six fois plus mortels que les gras saturés .
La Presse Canadienne
27 décembre 2007
Symbole fort de l’enracinement de son peuple à sa terre, l’olivier est au coeur de la vie et de la société palestinienne.
Il représente 75 % des arbres fruitiers en Cisjordanie. L’huile d’olive fait vivre 70 000 familles (25 % de la
population).
La production moyenne annuelle est de 15 000 tonnes (avec une importante variation pouvant aller de 5 000 tonnes/an à plus de 30 000 tonnes), soit 4 fois la production française, mais à peine
0,8 % de la production mondiale.
La consommation locale étant de 7 000 à 10 000 tonnes, les olives et l’huile d’olive constituent un des principaux produits d’exportation de l’agriculture palestinienne.
L’occupation génère l’appauvrissement
Depuis 2000, la fermeture du marché israélien a entraîné une saturation des stocks et en conséquence, la chute des cours.
Avec la perte de leur travail en Israël, beaucoup de Palestiniens se sont reconvertis dans l’agriculture n’ayant plus que cette seule source de revenus. La construction du « mur
d’annexion », long de 750 kilomètres, sépare les villageois de leurs terres.
Des milliers d’hectares d’oliviers ont été annexés ou arrachés.
L’armée et les colons israéliens entravent les déplacements des Palestiniens (checkpoints, barrages de blocs de béton, tours de guets, barbelés, barrières agricoles, routes militaires réservées
aux colons) paralysant la circulation des denrées et détruisant l’économie.
Il s’ensuit une situation de pauvreté, voire de misère. En 4 ans, le taux de chômage est passé de 15 % à 60 %.
Quelle solidarité ?
Aider à la mobilisation d’un réseau, en France et en Europe, pour la mise en marché de l’huile d’olive palestinienne dans le cadre du commerce équitable afin de favoriser une juste rémunération des producteurs palestiniens.
Impulser et développer des coopérations décentralisées autour de l’olivier, entre la société civile palestinienne et des collectivités territoriales, des partenaires économiques, des organisations professionnelles agricoles. Rompre l’isolement des villages en popularisant les actions de résistance des Palestiniens qui s’organisent pour rester et vivre sur leurs terres. Organiser des missions civiles de cueillette des olives dans les zones occupées par des colonies, l’armée ou le mur pour protéger les oléiculteurs pendant la récolte.
Mise en place d’actions pilotes
Depuis 2003, l’AFPS a été à l’origine de l’élaboration du programme de modernisation de la filière oléicole par l’Union des fermiers
palestiniens (PFU).
L’invitation en Provence d’une délégation d’oléiculteurs du PFU, puis la venue d’un expert oléicole français dans le cadre d’une mission de l’AFPS 04 ont permis de réaliser un diagnostic du
secteur oléicole en Palestine et de conduire des « actions pilotes » sur quatre sites.
Les ajustements techniques réalisés :
• stockage des olives dans des caissettes ajourées au lieu des sacs en plastique ;
• amélioration de la propreté et modernisation des moulins ;
• stockage de l’huile dans des cuves en inox au lieu de bidons en plastique ;
• formation des fermiers et de l’encadrement technique des coopératives.
Un programme de développement en expansion
Plusieurs mouliniers et des oléiculteurs ont volontiers comparé la mise en oeuvre de cette action en Palestine, à une « révolution oléicole ». Elle s’est traduite par :
• la réalisation effective d’une huile d’olive de grande qualité (environ 180 tonnes produites en 2005, 1 000 tonnes en
2006) ;
• l’établissement de liens avec des sociétés du commerce équitable ;
• l’organisation effective des fermiers. 17 coopératives partenaires (plus de 2000 agriculteurs concernés).
Les interventions de l’AFPS
Aujourd’hui ce sont plus de 13 groupes locaux (AFPS 04, 06, 44, 68, Apt, Le Havre, Montpellier, les groupes locaux AFPS de la région
Rhône-Alpes) qui parrainent des coopératives en participant à la réhabilitation des moulins, à l’achat de caissettes et de cuves en inox ou d’équipement agricole.
Ces coopératives se trouvent dans les régions les plus fortement exposées aux projets de colonisation et d’annexion par la construction du mur (Tulkarem, Qalqilya, Salfit, Naplouse, Jenin).
Près de 120 000 euros ont été versés aux différentes coopératives (bilan 2006). Le financement des projets se fait par des subventions des collectivités territoriales, des campagnes de
souscriptions solidaires, des dons et par la diffusion de l’huile d’olive palestinienne.
La bataille de l’huile d’olive
Le problème majeur demeure la mévente de l’huile. Les coopératives ont consenti beaucoup de sacrifices pour produire une huile de
qualité qu’elles ont du mal à vendre à un prix correct, les metteurs en marché déclarant qu’elle est trop chère.
Il nous appartient à nous tous, de comprendre l’enjeu que représente la diffusion de l’huile d’olive en France pour nos partenaires palestiniens en lutte contre l’occupation de leur terre.
Depuis 2004, en partenariat avec l’AFPS, la coopérative Andines importe, selon les critères du commerce équitable, de l’huile d’olive produite par les coopératives impliquées dans le programme
du PFU.
Afin de garantir la qulité et la provenance des produits et d’assurer la régularité de l’approvisionnement de la filière, l’AFPS, Andines, le PFU (producteurs) et Al Reef (export) ont signé une
convention de coopération dans le but de créer un stock de régulation des approvisionnements en huile de qualité. La souscription lancée par l’AFPS a permis de remettre 41 000 euros à Andines
pour ce stock.
En accord avec les partenaires palestiniens (PFU et Al Reef) et en réponse aux besoins des producteurs, Andines s’est engagé à commercialiser cinq containers en 2007 (64 000 bouteilles, 48
tonnes) ce qui représente un effort considérable.
Pensez aux fêtes de fin d’année !
Achetez de l’huile !
Pour commander, vous pouvez vous adresser au groupe local de l’AFPS de votre localité http://www.france-palestine.org/rubrique27.html
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La fièvre catarrhale du mouton |
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Clinique/PathologieLa période d’incubation est de 5 à 12 jours. Le tableau clinique, la morbidité et la mortalité varient suivant l’espèce/la race, la virulence de la souche et les facteurs exogènes (lumière solaire). Chez les moutons la maladie peut être inapparente à très grave, en revanche chez les bovins elle reste la plupart du temps inapparente (subclinique). La maladie débute par une forte fièvre. Chez les moutons, la virémie est décelable 3 à 4 semaines après l’infection ; chez les bovins, elle l’est jusqu’à 8 semaines p.i. L’inflammation des muqueuses et les lésions des vaisseaux provoquent des hémorragies, des œdèmes et, dans certains cas, des cyanoses au niveau de la bouche et de la langue (bluetongue). Ulcères et nécroses de la peau et des muqueuses de la bouche, des lèvres et des naseaux. Des œdèmes sur les lèvres, les paupières et les oreilles sont caractéristiques ; en cas d’atteinte grave, il y a développement d’un œdème submandibulaire. On observe fréquemment une salivation écumeuse, un jetage séreux à purulent et des symptômes respiratoires. Une boiterie très prononcée est le résultat d’une coronite (inflammation du bourrelet coronaire) et d’une fourbure. Contrairement à l’épisode épizootique d’Europe méridionale décrit ci-dessus, l’épisode épizootique de 2006 en Europe centrale s’est caractérisé par la présence de symptômes cliniques principalement chez les bovins : des lésions au niveau du mufle, une enflure du bourrelet coronaire (liée en partie à la boiterie), des nécroses des trayons. Chez les ovins, la mortalité était nettement plus faible en Belgique et en Allemagne que dans les pays du sud de l’Europe. Répartition géographiqueEndémique, jusqu’ici, dans les régions situées entre le 40°N et le 35°S : dans le sud de l’Espagne et du Portugal, Italie, Amérique du Nord, Amérique centrale et du Sud, Afrique, Moyen-Orient, Asie et Australie. En 2002/2003, de nouveaux foyers sont apparus en Espagne (Majorque et Minorque), en Italie (Sardaigne, Calabre, Sicile, Toscane), en France (Corse), en Grèce, en Bulgarie et au Kosovo. En 2006, des foyers ont été observés aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Belgique et au Luxembourg. Les Culicoides imicola ont atteint de nouvelles régions depuis 2000. D’autres sous-espèces de Culicoides (comme C. obsoletus et C. pulicaris, C. dewulfi) jouent également un rôle au niveau de la transmission du virus. La maladie n’est jamais apparue en Suisse. La Suisse est officiellement reconnue indemne de fièvre catarrhale du mouton. EpidémiologieLa transmission se fait exclusivement par l’intermédiaire d’insectes (Culicoides spp.). La transmission directe d’animal à animal semble exclue. Les bovins et les ruminants sauvages peuvent être infectés de manière subclinique et, de ce fait, servir de réservoir au virus (réservoir primaire). En règle générale, les moutons ne sont infectés que lorsque le virus est apparu chez les bovins « spillover ». Augmentation du nombre de cas cliniques chez les moutons et les bovins (en 2006 en Europe centrale) du mois de juin à la fin novembre (vol des insectes). Source : Office vétérinaire fédéral Suisse (OVF), décembre 2006 |
Eduardo Galeano

Né à Montevideo, en Uruguay, en 1940, Eduardo Galeano a été rédacteur en chef de l’hebdomadaire Marcha et directeur du quotidien Época En 1973, lors du coup d'État militaire, il s'est exilé en Argentine où il a fondé et dirigé la revue Crisis, puis en Espagne, suite à un nouveau coup d'État. Il est retourné vivre en Uruguay en 1985.
Journaliste prolifique, il est l'auteur de nombreux livres dont huit ont été publiés en français :
- Les Veines ouvertes de l'Amérique latine (Plon, 1999)
- Le Football, ombre et lumière (Climats, 1998)
- Le Livre des étreintes (
- Amérique, la découverte qui n'a pas encore eu lieu (Messidor, 1992)
- Jours et Nuits d'amour et de guerre (Albin Michel 1987) - Une certaine grâce (Nathan, 1990)
- La trilogie Mémoire du feu - Les Naissances, Les Visages et les masques, Le Siècle du vent (Plon 1985 et 1988)
- Vagamundo (Actes sud, 1985)
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La planète comme shopping center
L’empire de la consommation
Par Eduardo Galeano, mars 2007
Le droit au gaspillage, privilège de quelques-uns, est censé être une liberté collective. La civilisation actuelle ne laisse pas dormir les fleurs, ni les poules, ni les gens. Dans les serres, les fleurs subissent la lumière en continu, afin qu’elles fleurissent plus vite. Dans les usines à œufs, même les poules ont été interdites de nuit. Les gens ont également été condamnés à l’insomnie, à cause de l’anxiété d’acheter et de l’angoisse de payer.
Bénis, Seigneur, ces aliments, que même toi tu ne mangerais pas. Amen.
Juan Kalvellido, Tlaxcala
L’explosion de la consommation dans le monde actuel fait plus de bruit que toutes les guerres et met le monde plus en émoi que tous les carnavals. Comme le dit un vieux proverbe turc : « Qui boit à crédit, se soûle deux fois ».
La bringue étourdit et obscurcit le regard ; cette grande soûlerie universelle semble ne pas avoir de limites, ni dans le temps, ni dans l’espace. Mais tout comme le tambour, la culture de la consommation fait beaucoup de bruit parce qu’elle est vide. Et au moment de vérité, quand le bruit cesse et la fête finit, l’ivrogne se réveille tout seul, avec pour seule compagnie son ombre et la facture des pots cassés.
L’expansion de la demande se heurte aux frontières imposées par le système même qui l’a engendrée. Tout comme les poumons ont besoin d’air, le système a besoin à la fois de marchés de plus en plus vastes et ouverts et de matières premières aussi bien que d’une force de travail humaine, payées à des prix aussi bas que possible. Le système parle au nom de tous, adressant à tous ses ordres impérieux de consommation, diffusant parmi tous la fièvre de l’achat, bien que de toute façon et pour la plupart de gens, cette aventure commence et finisse sur l’écran de télévision. La plupart de gens, endettés afin de posséder des choses, finissent par n’avoir que des dettes qui servent à payer des dettes qui créent de nouvelles dettes, et finissent par consommer des fantaisies parfois matérialisées grâce à la délinquance.
Le droit au gaspillage, privilège de quelques-uns, est censé être une liberté collective. Dis-moi combien tu consommes, je te dirai qui tu es. Cette civilisation ne laisse pas dormir les fleurs, ni les poules, ni les gens. Dans les serres, les fleurs subissent la lumière en continu, afin qu’elles fleurissent plus vite. Dans les usines à œufs, même les poules ont été interdites de nuit. Les gens ont également été condamnés à l’insomnie, à cause de l’anxiété d’acheter et de l’angoisse de payer. Ce mode de vie n’est pas très salutaire pour les gens, mais il l’est pour l’industrie pharmaceutique.
Les USA consomment la moitié des sédatifs, des anxiolytiques et autres drogues chimiques vendues légalement dans le monde, et plus de la moitié des drogues interdites qui sont vendues illégalement. Cette réalité n’est pas négligeable si l’on tient compte du fait que la population des USA ne constitue qu’à peine 5% de la population mondiale.
«Celui qui passe son temps à se comparer aux autres est malheureux», se lamente une femme du quartier du Buceo, à Montevideo. La douleur de ne plus être, chantée jadis par les tangos, a laissé place à la honte de ne rien avoir. Un homme pauvre est un pauvre homme. «Quand on n’a rien, on pense que l’on ne vaut rien », dit un jeune homme dans le quartier de Villa Fiorito, à Buenos Aires. Et dans la ville dominicaine de San Francisco de Macorís, un autre homme dit : « Mes frères travaillent pour les marques. Ils vivent pour s’acheter la marque et suent sang et eau pour arriver à payer les frais ».
Invisible violence du marché : la diversité est l’ennemi de la rentabilité et l’uniformité s’impose. Partout, la production en série, à échelle gigantesque, dicte ses incontournables règles de consommation. Cette dictature de l’uniformisation obligatoire est plus dévastatrice que n’importe quelle dictature à parti unique car elle impose, partout dans le monde, un mode de vie qui clone les êtres humains comme s’il agissait des photocopies d’un consommateur idéal.
Le consommateur idéal est l’homme qui ne bouge pas. Cette civilisation mélange quantité et qualité, embonpoint et bonne alimentation. Selon la revue scientifique The Lancet, « l’obésité sévère » a augmenté de presque 30% dans la population jeune des pays les plus développés dans la dernière décennie. Selon une recherche récente du Centre de Sciences de
C’est le triomphe de la poubelle déguisée en nourriture : petit à petit, cette industrie conquiert les palais du monde et casse en mille morceaux les traditions culinaires locales. Dans certains pays la tradition du bien manger vient de loin, compte sur des milliers d’années de raffinement et de diversité, et constitue un héritage collectif qui appartient non seulement aux tables des riches, mais aux fourneaux de tout le monde. Ces traditions, ces signes d’identité culturelle, ces fêtes de la vie, sont en train d’être troublées radicalement par l’imposition du savoir chimique et unique : la mondialisation du hamburger, la dictature du fast food. La plastification des aliments à l’échelle mondiale, œuvre du Mac Do, Burger King et d’autres entreprises, réussit à violer le droit à l’autodétermination en ce qui concerne la gastronomie : un droit sacré, car la bouche est l’une des portes de l’âme.

Crossroads of the World, “Carrefour du monde”, le premier shopping center de Holywwod
(Robert V. Derrah, 1935), 6671 Sunset Boulevard,
Signe de ces temps, cette entreprise, qui incarne les vertus du monde libre, nie à ses employés la liberté d’affiliation à tout syndicat. McDonald’s viole ainsi un droit qui est légal dans les nombreux pays où il est présent. En 1997, quelques travailleurs membres de ce que l’entreprise appelle
Les masses consommatrices reçoivent des ordres dans un langage universel : la publicité a réussi là où l’espéranto avait échoué. N’importe qui, dans n’importe quel lieu au monde, comprend les messages transmis par la télé. Ces 25 dernières années, les frais publicitaires ont été mondialement doublés. Grâce à cela, les enfants pauvres boivent de plus en plus de coca-cola et de moins en moins de lait, et le temps libre devient le temps de la consommation. Temps libre, temps prisonnier : les maisons sans beaucoup de moyens n’ont pas de lit mais elles ont une télé, et la télé a la parole. Ce petit animal acheté à crédit est la preuve de la vocation démocratique du progrès : il n’écoute personne, mais à tous il parle. C’est comme ça qu’aussi bien les riches que les défavorisés apprennent les vertus de la voiture dernier modèle, ainsi que les avantages du taux d’intérêt de telle ou telle banque.
Les experts savent comment transformer les marchandises en instruments magiques contre la solitude. Les choses possèdent des attributs humains : elles caressent, tiennent compagnie, comprennent, aident, le parfum t’embrasse et la voiture est l’ami qui ne te laisse jamais tomber. La culture de la consommation a fait de la solitude le marché le plus lucratif. On remplit les trous du cœur en les bourrant soit de choses, soit du rêve de les posséder. Et les choses ne font pas qu’embrasser, elles peuvent également devenir le symbole de l’ascension sociale, sauf-conduit pour traverser les douanes de la société de classes, clefs qui ouvrent des portes interdites. Plus les choses sont exclusives et mieux c’est : les choses te choisissent et te sauvent de l’anonymat social. D’habitude, la fonction de la publicité ne consiste pas à donner des renseignements sur le produit, car ce n’est pas le plus important, sinon à compenser les frustrations et à nourrir les fantaisies : Qui voulez-vous devenir par l’achat de cet after-shave ?
Le criminologiste Anthony Platt a observé que les délits de rue ne sont pas seulement le fruit de la pauvreté extrême, mais aussi de l’éthique individualiste. D’après Platt, l’obsession sociale du succès a une incidence décisive sur l’appropriation illégale d’objets. J’ai toujours entendu dire que l’argent ne fait pas le bonheur. Cependant, n’importe quel téléspectateur pauvre a des raisons plus que suffisantes pour penser que celui-ci offre quelque chose de tellement proche du bonheur que la différence n’est qu’une affaire de spécialistes.
Selon l’historien Eric Hobsbawm, le XXe siècle a mis fin à sept mille ans de vie humaine fondé sur l’agriculture depuis l’apparition des premières cultures, à la fin du paléolithique. La population mondiale s’urbanise et les paysans deviennent des citadins. En Amérique du Sud on trouve des champs vides et d’énormes fourmilières urbaines : les villes les plus grandes du monde et les plus injustes. Les paysans, expulsés de leurs terres par l’agriculture moderne d’exportation et par l’érosion, envahissent les banlieues. Ils croient que Dieu est partout, mais ils savent d’expérience qu’il se trouve dans les grandes villes. Les villes promettent du travail, de la prospérité et un avenir pour leurs enfants. Ceux qui attendent dans les campagnes regardent la vie passer et meurent en baillant, alors que c’est dans les villes que la vie se passe, et les appelle. Entassés dans des taudis, la première chose que les nouveaux venus apprennent est que le travail manque, qu’il y a trop de bras, que rien n’est gratuit et que les produits de luxe les plus chers sont l’air et le silence.
Frère Giordano da Rivalto prononce à Florence un éloge des villes au début du XIVè siècle. Il dit que les villes grandissent car « les gens aiment se rencontrer ». Se rencontrer, se rassembler. Or, qui rencontre qui ? L’espoir rencontre t-il la liberté ? Le désir rencontre-t-il le monde ? Et les gens, rencontrent-ils d’autres gens ? Si les relations humaines ont été réduites à des relations entre des choses, combien de personnes rencontrent des choses ?
Le monde entier devient un grand écran télé où nous pouvons regarder les choses, mais jamais y toucher. Les marchandises bon marché envahissent et privatisent les espaces publics. Les gares de bus et de train, qui étaient des espaces de rencontre il n’y a pas si longtemps, deviennent maintenant des espaces d’exhibition commerciale.
Le shopping center ou shopping mall, la vitrine par excellence, impose sa présence écrasante. Les multitudes se rendent en pèlerinage à ce temple principal où se célèbrent les messes de la consommation. La plupart des fidèles contemplent, en extase, les choses que leurs poches ne peuvent pas se permettre, alors que la minorité acheteuse s’expose au bombardement de l’offre incessante et exténuante. La foule qui monte et descend les escaliers mécaniques voyage à travers le monde : les mannequins sont habillés comme à Paris ou Milan, les machines sonnent comme à Chicago et la contemplation et l’écoute restent gratuites. Les touristes venus des villages de l’intérieur ou d’autres villes qui n’ont pas encore mérité ces bénédictions du bonheur moderne, posent pour la photo, au pied des marques internationales les plus connues, de même qu’ils le faisaient auparavant sur la place, aux pieds de la statue du grand homme. Beatriz Solano observe que les habitants des banlieues vont au center, au shopping center, comme avant ils allaient au centre-ville. La promenade traditionnelle des week-ends est remplacée par l’excursion à ces centres urbains. Les visiteurs, coiffés, douchés, aux habits bien repassés et dans leurs plus beaux atours vont à une fête où ils n’ont pas été invités, mais où, au moins, il leur reste permis de regarder. Des familles au complet partent en voyage dans la capsule spatiale qui parcourt l’univers de la consommation, où l’esthétique du marché a dessiné un paysage incroyable de mannequins, de marques et d’étiquettes.
La culture de la consommation, culture de l’éphémère, condamne tout à l’oubli médiatique. Tout change au rythme vertigineux de la mode, au service du besoin de vendre. En un clin d’œil, les choses vieillissent et sont remplacées par d’autres articles également fugaces. La seule chose qui demeure de nos jours est l’insécurité, car les marchandises, aussi volatiles que le capital qui les finance et que le travail qui les produit, sont fabriquées pour disparaître aussi tôt. L’argent vole à la vitesse de la lumière : hier il était là-bas, aujourd’hui il se trouve ici et demain, qui sait où, et pendant ce temps tous les travailleurs sont des chômeurs potentiels. Paradoxalement, les shopping centers, les royaumes de la fugacité, offrent la plus réussie des illusions de sécurité. Ils résistent au temps, sans âge et sans racines, sans jour, ni nuit, ni mémoire, et ils existent hors du temps, au-delà des turbulences de la dangereuse réalité du monde.
Les maîtres du monde utilisent le monde comme s’il était jetable : une marchandise à vie éphémère qui s’épuise comme le font, à peine elles sont nées, les images lancées par la mitrailleuse de la télé, les modes et les idoles lancés sans trêve sur le marché par la publicité. Mais, où ailleurs pouvons-nous déménager ? Tout le monde est-il obligé de croire que, ayant décidé de la privatisation de l’univers lorsqu’il était de mauvaise humeur, Dieu a vendu la planète à quelques entreprises ? La société de la consommation est un attrape-nigauds. Ceux qui tiennent les rênes font semblant de l’ignorer, mais tous ceux qui ont des yeux peuvent voir que la plupart des gens consomment peu, très peu ou rien, afin de garantir l’existence du peu de nature qui nous reste encore. L’injustice sociale n’est pas une erreur à corriger, ni un défaut à surmonter : il s’agit d’un besoin essentiel. Nulle nature n’est en mesure de nourrir un shopping center de la taille de la planète.
Original : ecoportal.net
Traduit de l'espagnol par Paz Gómez Moreno et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non commercial ; elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2749&lg=fr
Deutsche Fassung : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2444&lg=de
Le marché de la faim
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18726387&cfilm=115438.html
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